BALLADE AU CLAIR DE LUNE
écrit par Marie Christine MARSELLA ROMERO
Marie Christine est de nacionalité française, spécialiste en
Séxologie.Elle a terminé les études de nôtre Course d' especialization en
Psychologie Analitique qui offre la Fundación C.G.Jung de Psicología
Analítica ( Argentina ) 2.001
Plaza Francia.... Buenos Aires
Ils
étaient là, leur attention à se préparer, à dégourdir leur corps, à se
concentrer montrait leur intention très prochaine d’entrer en scène,
sorte de préliminaires à une future rencontre.
Les
spectateurs qui s’étaient volontairement regroupés n’étaient pas sans
savoir que le spectacle allait bientôt commencer….
Ils
ne s’étaient pas trompés !
Et
subitement, la musique se mit à gémir. Venue des profondeurs des entrailles
du bandonéon, elle s’imposait pathétique, à la fois fataliste, insoumise
et conquérante.
Ce
son, frisson de la vie nous enveloppa dans une atmosphère langoureuse, émotionnante
et mystérieuse, dans une sphère intime et envoûtante.
Nous
étions prêts pour une invitation au voyage, voyage hypnotique dans un
autre espace, dans un autre temps,
dans une autre dimension.
Mais le savions-nous ?
Dans
une posture dressée, fière et d’un geste très discret de la tête, elle
l’invita. Il accepta l’invitation, séduit, consentant et flatté.
Lui,
habillé de noir, allure altière,
presque ténébreux mais expressif, semblait lui dire
« aqui estoy yo »
.
Il avait répondu présent à son regard déterminé. Il la
prit dans ses bras, sans un mot, dans un abrazo transgresseur pour l’époque
où chacun avait très justement positionné son corps pour effleurer celui de
l’autre, le couple bravant l’interdit se forma.
Et
le tango prit vie !
Elle,
élancée avait paré ses jambes finement galbées de chaussures noires à
talon aiguille ; la jambe était habillée ou plutôt déshabillée dans
des bas résilles raffinés qui laissaient passer à travers leurs
innombrables trous tous les fantasmes en errance des spectateurs regroupés.
Sa robe noire et apprêtée laissait apparaître quelques rondeurs sécurisantes
pour les regards avertis, le tissu souple caressait la cuisse au moindre
mouvement.
Ils
étaient beaux !
Enlacés
dans un corps à corps, chacun prenait et occupait son volume, son espace ;
l’un contre l’autre, ils avaient éliminé la distance qui auraient pu les
séparer, les corps paraissaient disposés à s’entendre.
Dans une implicite connexion intime, il paraissait être légèrement
en retrait de sa partenaire. Il avait appuyé sa main droite entre les
omoplates et la ceinture de celle-ci, quant à elle, la sienne reposait sur
son épaule droite.
La main gauche du danseur avait pris délicatement la main
droite de sa compagne, et les deux mains réunies, suspendues, en l’air, légères
et détendues, créaient un troisième volume virtuel, comme un non dit
discret mais très présent, car le tango se danse dans une interrelation de
trois volumes.
C’était
comme si la musique extérieure s’accordait avec leur musique intérieure,
laissant place toute fois à l’espace du silence pour la respiration du
« Moi » , de leur « Je ».
Ils
étaient réunis dans une intimité physique et émotionnelle, en relation étroite
avec la mélodie qui les aidait à soutenir le rythme, une musique sensuelle
pleine d’insolence et de passion.
Ils glissaient dans un mouvement lisse, sur la pointe des
pieds pour éviter de perdre en élégance, les jambes à demi-fléchies, en
alerte étaient prêtes à quelques improvisations et prêtes à réagir
rapidement aux stimuli de l’autre.
Encastrés, l’un dans l’autre, véritables calques anatomiques, leurs regards se croisaient parfois, assez rarement, mais par un jeu obscur, subtil et discret semblaient pénétrer l’âme de sa ou son partenaire.
Car
dans le tango, la partie supérieure du corps qui porte le nom de corps
dramatique est le siège où s’expriment les émotions par le jeu des
regards, des gestes. La ceinture fonctionne comme une articulation des deux
parties, la partie inférieure quant à elle s’appelle le corps expressif,
il permet par le jeu des jambes d’exprimer la virtuosité des danseurs.
Leur visage aux mille nuances pétillaient d’éclat, de
vie, de malice.
Unis l’un à l’autre, moulés l’un avec l’autre,
mais certainement pas identiques, ni fusionnés, c’était assurément une
unité, une complémentarité de
un plus un.
Le
spectateur n’observait qu’une seule image et si l’un deux était trop
visible, c’est que le couple avait perdu son unité.
Le
tango est une danse sensuelle, chaude, osée et délicieusement provocatrice !
Leurs lèvres, leurs mains se frôlaient, leurs corps ondulaient.
Chacun trouvait parfaitement sa place sous le feu créateur
de la danse et de la musique reliées.
Dans
une relation intime, les corps et les mouvements s’inscrivaient toujours
dans un triangle virtuel, harmonieux, sans force
mais sans jamais perdre la tension nécessaire et suffisante, enchaînant
les pas, les combinaisons, en s’enchaînant et se désenchaînant.
Comme
l’art paraît parfait et aisé quand il s’accorde la maîtrise !
Ô
miracle ! distance des corps réunis qui se séparent et se rencontrent
quand même.
Ils
paraissent ressentir le tango de l’intérieur, ils en faisaient une danse
naturelle, toute en rondeur, sans brusquerie, aux mouvements de félins, présents
et flexibles, en alerte pour mieux s’adapter l’un à l’autre.
Etre toujours disposé, prêt ! ……
Comme
cela paraissait simple et naturel.
Les
quatre jambes dialoguaient ensemble, comme tout le reste du corps.
Parfois,
il ou elle s’introduisait dans l’espace de l’autre, en lançant sa jambe
entre les cuisses de son ou de sa partenaire.
Parfois dans un mouvement enveloppant, tout en sensations,
elle dessinait avec son corps
ondulant des courbes et l’entourait, le cernait comme le feraient des bras
bienveillants et protecteurs.
Les
corps semblaient se parler dans une parole, une langue déjà inscrite, ineffaçable,
archétypale.
Avec cette impression de flotter, légers, aériens, ils décrivaient
cette jouissance et ce plaisir à danser. Ils
paraissaient authentiques.
De
leurs corps, véritables outils de communication, il s’en dégageait au
travers de leurs gestes délicats, élégants, audacieux et sincères et de
leur respiration sereine un langage où la création et l’improvisation
dansaient une unité.
Même
le jeu de la provocation, du mystère, dans la réalisation de leur dessein,
de leurs dessins chorégraphiques était sans heurt, fluide, toujours
expressif, soutenu, jamais monotone. Cette expressivité semblait être une façon
d’exprimer les « clairs-obscurs « , les différentes tonalités,
certaines péripéties de la vie avec ses nébuleuses occultes et dramatiques.
Le
tango est une danse à lire et à interpréter, car le tango est un mythe.
Mais
le mythe, que peut-on en dire, comment peut-on le définir ?
Le
mythe, c’est d’abord un récit, un récit qui s’est construit sur la
capacité de l’être humain de
symboliser. Au cours du temps, l’humanité sans se rendre compte de ses
propres projections a personnifié les éléments naturels qui constituaient
son environnement.
Par
exemple, la terre, le ciel se sont vus nommés, la terre s’est appelée Gea
comme principe féminin, de la terre, de la mère, de la nature, le ciel
s’est appelé Uranus, ils se
sont mariés, ils eurent beaucoup
d’enfants et vécurent de nombreuses aventures et c’est ainsi, exprimé de
façon simpliste, que les narrations mythiques ont vu le jour
avec en leur sein des significations implicites. C’est une façon
d’humaniser et d’adapter le supra humain, l’immensément grand, voire
inquiétant des lois de la nature
qui nous provoquent tant de respect au
niveau de l’aventure humaine et ceci à travers des divinités.
L’être
humain est fabricant de mythes, cela fait partie de la condition humaine, les
mythes surgissent seuls.
C’est comme une entité vivante, issue de l’inconscient
collectif qui existe en chacun de nous, une partie intrinsèque de nous mêmes.
Comme
le cite V. Rubino dans son livre simbolos,
mitos y laberintos :
« Les
mythes sont les fils qui constituent l’expression de l’univers où nous
vivons, ils forment les différents fils invisibles de l’expérience. »
Pour
Schelling ( philosophe allemand 1775 - 1854 ) :
L’ histoire ne fait pas le mythe,le mythe fait
l’histoire,le mythe est l’histoire.
La
tonalité mythique correspond à l’archétype, car ce dernier préexiste,
est antérieur au phénoménologique.
Ce
qui nous emmène directement à définir un archétype et l’inconscient
collectif.
Pour
Jung, dans sa vision cosmique,transpersonnelle, l’archétype est une
parcelle de l’inconscient collectif, c’est l’héritage psychique de
l’espèce humaine. C’est le réservoir de notre expérience, une sorte de
connaissance innée qui nous accompagne dès la naissance et nous poursuit
tout au long de la vie.
Parler
d’idées innées et héréditaires, c’est parler de possibilités d’idées.
Ce qui s’hérite, ce n’est pas l’image, c’est la structure comme
potentialité instinctive. C’est un héritage potentiel et ancestral, le
potentiel latent de la psyché.
Par
exemple, l’archétype de la mère se capte au travers d’une expérience réelle
de mère par le jeu des projections.
C’est
une matrice, un modèle collectif d’actions, de réactions. Ce sont des schémas
ordonnateurs et organisateurs de nos réactions humaines. Une sorte de moule
virtuel qui va s’activer quand des
éléments psychiques humains correspondants vont le rencontrer.
L’archétype
est un pont entre l’inconscient et le conscient. On ne peut
le percevoir qu’intuitivement au travers de ses idées, de ses
images, on le déduit car on ne peut voir l’archétype, on l’induit en le
reconnaissant à ses effets.
Par
les fruits, on reconnaît l’arbre.
Tous
ces archétypes sont le contenu des
tréfonds de l’histoire humaine, donc de l’inconscient collectif qui est
immuable, et ne change jamais.
Ils
sont patrons fondamentaux de la formation des symboles , et sont un principe,
une configuration énergétique, dynamique et transpsychologique.
Il
contient de l’énergie et toute l’énergie qui vient du psychisme vient de
l’archétype.
Cette
libido est distribuée au travers des symboles qui la canalisent pour
qu’apparaisse l’image symbolique.
Sans symbole, il n’y a aucune possibilité pour qu’apparaisse l’archétype.
Ils sont bi-polaires.
Le
symbole est une unité synthétique de sens qui unit son expression manifestée
et sa signification occulte.
Cassirer
( 1874-1945 ) qualifie l’homme d’animal symbolique. Pour lui le symbole
est l’incarnation d’un sens.
Derrière
le manifesté se cache un sens beaucoup plus profond, comme une sorte
d’image à décrypter.
Le monde symbolique est une structure dialectique et
ne peut exclure
l’historicité. Cette réalité dynamique qui peut parfaitement revêtir
plusieurs sens est chargée de valeur, d’émotions, d’idéal. Elle est
pleine de vie authentique.
Cette
vie pleine et authentique s’exprime largement à travers les contenus de la
mythologie de tous les peuples de l’humanité entière et s’exprime en
images primordiales. Emergeant de l’inconscient collectif, pur produit des
processus psychiques le symbole pénètre
nos attitudes face à la vie. Il a une
valeur psychologique mais a également un caractère social car il oriente nos
énergies dans notre vie sociale, dans nos activités.
En fonction du temps, de la culture de la société, de l’époque, le symbole sait se déguiser et apparaître sous des formes très variées. Il a donc sa réalité historique. L’aspect ontologique est très important car il est aussi le moyen par lequel l’homme articule et manifeste sans le savoir sa façon d’être au monde et sa façon d’exprimer sa propre nature.
Cet
être humain propulsé dans la réalité du monde externe, avec son propre
monde interne peut donc activer de nombreux archétypes , dont quatre
sont fondamentaux.
L’archétype
de l’Ombre et celui de la Persona inclus, l’archétype de l’Anima et
Animus et l’archétype du selbst, de l’individuation. Ils ont tous leur
source dans l’archétype de la Grande Mère. Ce dernier est un archétype
majeur , c’est la dimension la plus primitive en chacun de nous, c’est la
première étape dans la relation archaïque entre soi et l’autre. Ce que
Jung appelle l’archétype de la Grande Mère,
c’est la mère de l’univers, c’est une mère archaïque, une
sorte de déesse mère, une divinité féminine qui représente par sa
bi-polarité une puissance contrastée, toute puissante. Fécondatrice, elle
nourrit comme une mère infiniment bonne et
dévastatrice, elle détruit comme une mère infiniment mauvaise. C’est
cette mère là qui est à l’origine de toutes choses, mère toute
puissante, primordiale, elle est le symbole du matriciel.
Il est central dans la théorie Junguienne.
Cet
archétype s’actualise au travers de la mère réelle.
L’Ombre
est très liée à l’instinct ( élément
biologique de l’archétype ), ce sont les aspects méconnus par le
« Moi », c’est notre côté obscur, réprimé et non vécu par
l’Ego, c’est également tout ce qui est en nous et auquel on ne peut accéder
directement.
L’Ombre
se manifeste souvent par des actes impulsifs, involontaires. Aucune personne
ne peut avancer dans le chemin de son auto connaissance sans prendre
conscience des manifestations de son Ombre personnelle.
Elle
contient également des éléments collectifs, l’Ombre collective apparaît
plus facilement dans les relations groupales, les grands mouvements d’adhésion.
Plus
nous sommes enfermés ( sans conscience ) avec l’Ombre, plus elle va nous
poursuivre. C’est le visage interne de notre psyché, sa zone la plus
obscure. C’est la contre partie inconsciente de nous comme sujet conscient.
La Persona, quant à elle est le visage externe de notre
psyché. C’est l’image qu’on a envie de projeter de soi dans notre
entourage. L’homme est un animal fabricant de symboles et de projections.
C’est un Masque social. C’est un élément absolument indispensable car
elle permet notre adaptation au groupe social auquel nous appartenons. Elle
n’est en aucun cas négative sauf bien évidemment s’il y a seulement une
identification massive à ce masque là. A ce moment là, le Masque envahit le
« Moi », les autres aspects de sa personnalité sont éclipsés
et l’homme est aliéné à lui même, se
libérer de l’identification projective est un labeur très difficile.
Prendre conscience de sa Persona, c’est
prendre conscience que l’on est caché derrière un faux self.
La
projection est complètement inconsciente, c’est comme une toile d’araignée
que l’on tisse pour emprisonner quelqu’un d’autre.
La
projection que l’on fait sur une personne de sexe différent, est une
projection de l’Ombre de l’Anima et Animus.
Cet
archétype Anima/us est extrêmement
fondamental. C’est un concept empirique qui inclut le monde existentialiste
et le monde psychique.
L’Anima est un moteur de
relations, il unit, contient. C’est la composante féminine chez l’homme.
Le conscient masculin chez l’homme est composé par une dimension féminine
inconsciente.
L’Animus ,
c’est la composante masculine chez la femme. Le conscient féminin chez la
femme est compensé par une dimension masculine inconsciente. C’est ce qui
permet la passerelle de rencontre entre un homme et une femme, entre un homme
et sa « femme intérieure inconsciente » et entre une femme et son
« homme intérieur inconscient ».
Ce
sont deux dimensions contraires qui permettent la rencontre éventuelle des
deux sexes.
Le
principe masculin est tout ce qui concerne la logique, la rationalité, la
discrimination, les opinions, le yang, c’est la lumière, c’est le soleil,
c’est le Logos.
Le
principe féminin est tout ce qui permet la relation avec cette possibilité
de rencontre profonde de soi même et de l’autre, c’est le monde des émotions,
le yin, c’est l’obscurité, c’est la lune, c’est l’Eros.
C’est
un élan qui permet cette relation du couple interne ou du couple externe.
L’Anima
du garçon se forme à partir des expériences d’avec la mère, les différentes
images de femme rencontrées et l’Anima en soi. Tout ceci va créer
inconsciemment l’image d’une femme interne chez le garçon.
Il
en est de même pour l’Animus chez la fille, mais dans son contraire. Cela
donnera à la fille une idée inconsciente intériorisée de l’homme.
Ce
sont des expériences à travers également les valeurs de l’époque.
C’est
la relation du « Moi-Toi », le premier facteur projectant
l’anima , c’est la mère avec ses aspects obscurs et également lumineux.
Le premier autre, c’est le père. Pour les filles, les réactions masculines
lui permettent de réveiller sa personnalité féminine avec ses
clairs-obscurs également.
L’Anima/us
nous aide également à réguler le type de relation que nous avons avec notre
inconscient. C’est l’archétype « pont » entre ces deux
mondes. Toute personne possède des qualités du sexe opposé dans son aspect
positif ou négatif, pas seulement au plan biologique sinon au plan
psychologique, en tant que pensées, attitudes, et sentiments..
Comme toute force archétypale, si elle n’est pas intégrée, elle aura
tendance à se projeter. Dans ce cas là, l’homme projette son anima sur
toutes les femmes de sa vie, il ne contrôle rien, car c’est un processus
qui dépasse largement les compétences de sa conscience.
Il
en sera de même pour la femme .
Rompre
avec une projection est très difficile car il y a toujours un objet qui
confirme la projection. On pourrait penser que ce sont des caractéristiques réelles
de l’objet car la projection est « intelligente », elle cherche
toujours un objet qui lui correspond.
Le « Moi », « l’Ego » est le centre de la
conscience, au fur et à mesure que le moi va intégrer Anima/us, l’Ombre
….. au travers de la confrontation, il se produira une ampliation de
conscience. C’est une confrontation dialectique qui mène à une
transformation. Cela se fera grâce au « Moi » qui va permettre
d’ordonner les désordres intérieurs, intégrer ce qui a été dissocié,
« nettoyer » les projections… et résoudre certains complexes.
La transformation va libérer un quantum d’énergie psychique qui pourra être
utilisée pour autre chose.
Les complexes pour Jung, sont des petites personnalités indépendantes,
détachées de la conscience, avec une haute tonalité affective et autonomes.
Les
complexes font partie de l’inconscient personnel, mais leur noyau est archétypal.
Ils ont une volonté propre, ils sortent quand ils veulent, ne se soumettent
pas au « Moi ». Ils déterminent et pré conditionnent certaines
attitudes. Quand une charge émotionnelle se présente, le complexe se
constelle autour de l’émotion
et fait pression sur la conscience. Ils sont incompatibles avec
la conscience et peuvent déplacer partiellement le « Moi »
ou totalement, ce qui est bien plus grave.
Les
complexes sont dans l’Ombre, on peut les nier également, il ne s’agit pas
d’une méconnaissance, mais d’une non reconnaissance. Ils sont
indispensables à la vie psychique, sinon on serait « mort »,
notre vie psychique serait paralysée.
Il
indique que quelque chose ne va
pas, c’est une difficulté, mais c’est aussi une chance pour le dépasser.
Il n’est pathologique que quand on ignore son existence., il permet
d’avancer quand on va voir ce qu’il veut nous dire.
Quand
l’enfant naît, il est d’abord lui-même, authentique, ensuite
apparaissent les dissociations dues à la confrontation d’avec le monde, il
perd cette « entièreté » mais il lui faudra la récupérer
plus tard à l’âge adulte, c’est à dire devenir ce qu’il est en
permettant à sa conscience d’englober le maximum possible de matériel
inconscient, c’est ce qui s’appelle le processus d’individuation. Ce
travail de se sentir plus « entier », plus « complet »,
c’est une auto réalisation qui coïncide avec la notion de liberté. Dans
le cas contraire, il sera aliéné à lui même, c’est à dire « hors
de lui » en opposition complète avec ce qu’il est réellement. Le
« Moi » est un complexe de perception, d’imagination et de représentations,
il nous donne la mémoire de ce que nous sommes, quand le « Moi »
se ferme à la transcendance, la possibilité d’expansion de la conscience
est réduite à rien.
Le
sens du complexe est finaliste. Cela a à
voir avec la propre guérison, la recherche de sa propre authenticité, être
soi même. Dans la transformation le complexe se libère, et dans ce processus
évolutif psychique cela permet à l’énergie psychique capturée par ce même
complexe de s’écouler plus librement.
La
notion de transcendance est une notion d’union de deux pôles vers un autre
pôle et bien sûr grâce aux lois énergétiques de la psyché.
Le
processus d’individuation, Jung l’appelle l’archétype du Centre, le
Selbst, c’est la synthèse de la constante lutte des opposés chez
l’homme.
Avancer
dans ce chemin là, c’est avancer vers plus d’authenticité, c’est
donner une personnalité plus totale à la psyché.
Après
cette petite parenthèse , cette simplification schématique de certains
concepts de la théorie junguienne , on
pourrait se croire
bien éloigné de la question :
le mythe, comment peut-on le définir ?
La
question a-t-elle donc lieu d’être ?
Oui,
car dans le mythe, il y a toute la force archaïque, tout le primitif
qui est en chacun venu tout droit de l’inconscient collectif avec
toute la panoplie des archétypes qui viennent le nourrir.
Le
mythe revêt un caractère de véracité, s’il parle d’une réalité
vraie, d’expériences vécues, les structures archétypales du mythe sont présentes
en permanence et apparaissent en filigrane comme une colonne vertébrale à
travers du récit.
L’historique,
le « hic et nunc « est le déclencheur de l’événement qui
apparaît sous nos yeux.
Dans
cette ligne générale de compréhension, il est possible de capter un sens à
la vie et par là même peut donc permette à l’être humain de se
transporter à un niveau plus élevé de conscience, à une amplification de
son niveau, à condition que l’être humain veuille porter au mythe assez
d’intérêt pour en dégager l’aspect pédagogique. C’est à dire à la
lumière de la contemporanéité interpréter les images qui lui sont présentées
afin de mieux se centrer et grandir en accord avec lui même , le microcosme,
et avec sa culture et l’univers, le macrocosme.
Socialement,
sa force est importante, car il agglutine les personnes qui peuvent s’y
reconnaître, s’y retrouver, s’y identifier. C’est un facteur important
de l’identité culturelle.
Le
tango, n’échappe pas à la règle.
Il
fait partie de la tradition, il est argentin, il est l’Argentine.
Le tango est un mythe moderne ;
En
1880, la République d’Argentine aux immenses territoires était dépeuplée,
et elle représentait une terre d’espérance et une terre d’accueil pour
les grands courants migratoires qui rêvaient d’y trouver leur coin de
paradis pour s’y installer avec leur famille. Les étrangers venus des
quatre coins du monde apportèrent leurs rêves, leurs habitudes, leur
culture, ils s’intégrèrent petit à petit dans ce nouvel espace qui leur
tendaient généreusement ses bras, il y en aurait certainement pour tout le
monde. Ce furent surtout les espagnols et les italiens qui furent du voyage.
S’ils ont été reçus avec beaucoup de chaleur, de
ferveur, très vite les problèmes firent leur apparition. Cette ville de
Buenos Aires n’était pas préparée pour recevoir ces vagues déferlantes
d’immigrants qui s’agglutinaient dans les bistrots, dans les quartiers périphériques
de la ville , et entre deux verres ils clamaient leur déception, leur
plainte, leur complainte.
Le
tango dansé et écrit allait naître
comme une réponse qui allait se construire dans l’excitation des corps, de
la fumée, de l’alcool.
Il
allait apparaître pour dénoncer la tromperie, l’échec, et la mise à mort
des rêves des immigrants, pour signifier la trahison et le non
accomplissement de tous les projets que la terre promise leur avait fait
miroiter, les possibilités de retour étaient vaines, l’Europe était sous
le feu d’événements dramatiques qui la secouaient.
Le
tango est une histoire universelle, un symptôme, celui de l’abandon, de la
solitude douloureuse, du désenchantement.
Le tango est patrimoine culturel de l’Argentine , c’est sa carte
d’identité.
Si
l’on pense , Argentine, on pense notamment
au tango.
Si on pense tango on pense automatiquement Argentine.
C’est
le langage du peuple argentin du début
du siècle dernier. Le titre de la rengaine
larmoyante pourrait s’intituler :
« Ma pauvre mère chérie ».
La
structure est simple, il y a un protagoniste passif, un peu canaille.
La
femme du tango est une femme aux mœurs légères.
Le
lunfardo est la langue employée comme un langage secret, comme une structure
de communication qui leur permettait de se comprendre et de fuir la police, le
luxe d’une petite transgression. La femme du tango est une interprétation
junguienne archétypale. La mère. La première femme c’est
la mère chérie, idéalisée, immaculée, c’est l’Europe, surtout
l’Italie et l’Espagne. La deuxième femme, c’est une femme dégradée,
le protagoniste, la considère comme une « femelle », sans égard.
C’est
l’histoire de l’échec de cet immigrant pour qui cette douleur est intolérable,
la faute, il la projette sur sa compagne, c’est une porteuse d’illusions
et de tromperies.
Le
« héros » du tango est passif, bafoué, souffrant, tout est
languissant, empreint de douleur.
Le mythe du
tango écrit est introverti, très
replié sur lui même, le protagoniste, c’est la victime, il a été
abandonné, ce n’est surtout pas sa faute .
Chez
l’introverti, le thème du pouvoir ( qui fait partie des trois instincts
fondamentaux de l’homme ) est justement présent par son absence. Le
pouvoir, c’est la mère patrie, le protagoniste, lui essaie en vain de
s’affirmer .
L’Argentine
joue ici le rôle archétypal de la femme sous-estimée. C’est un pays
machiste, avec un complexe maternel négatif
très fort.
D’un
côté on a la culpabilité qui fait partie du jeu de ce complexe maternel œdipien
avec la mère bonne, qu’on n’aurait jamais du abandonner, la pauvre !
et d’un autre côté on montre du doigt la compagne, qui a perdu ses qualités
protectrices, cette femme qui dévore.
Ce sont des structures qui fonctionnent bien dans les pays machistes, par
ailleurs les pays très collés viscéralement au foot répondent à cette
structure oedipienne.
Cet
homme séducteur, derrière son masque programmé viril, les cheveux bien
gominés active avec beaucoup de force un anima négatif, de l’archétype même,
il ne contrôle rien, il n’intègre rien.
L’aspect
compétitif est très présent car cet homme se sent attaqué, en danger, son
Anima se « complexise ». Sa défense est de rivaliser au travers
de la séduction pour que n’apparaisse pas la hyper sensibilité typique du
féminin.
Il
se sent attaqué dans sa propre vanité. En fait son aspect compétitif est là
pour monter que c’est un homme, fort, courageux…, en fait il joue sur un
Eros négatif et sur un logos désactivé. La séduction sont des formes
primaires de contact, quand c’est la seule stratégie c’est un art
mineur.. Les hommes hautement compétitifs n’ont pas travaillé leur Anima,
ils se sentent attaqués à l’intérieur d’eux-mêmes et ré actionnent
comme le ferait une femme à partir de sa Persona avec hypersensibilité et
mauvaise humeur. C’est un comportement ying.
Un
Anima positif est un lien relationnel fort, ici il n’y a aucune relation
vraie.
C’est
en cela que le tango chanté fait apparaître le masque du souffrant,
nostalgique, inauthentique.
La mère
symbolisée, c’est le café, on s’y retrouve, on se plaint, on s’enivre,
on s’imite. Leur union leur
procure une force factice de protection. Et toute imitation est anti
individuation.
Ce
tango là fait référence à une idiosyncrasie de l’adolescent, immature.
C’est un état régressif qui le mène à avoir une conduite ambiguë. Il ne
peut se décider à choisir quelle pourrait être sa parcelle de liberté.
Pour cela, il lui faudrait se rebeller
contre cette pauvre mère qu’il a osée abandonner un jour, la
culpabilité est trop forte, il vaut mieux la projeter et s’empêcher de
grandir.
Le
seul élément valable pour lui, c’est le bar, il représente symboliquement
la mère. Ce bar est la confirmation permanente de leur échec, de leur
situation de victime.
Les
argentins en général sont englués dans
cette pure satisfaction régressive et archaïque, ils sont
enfermés dans ce rôle de fils et
prisonniers dans ce marécage,
Ils
attendent le père qui viendra les sauver, tout en pleurant la mère chérie.
De
tant d’introversion, le sentiment communautaire est banni, l’égocentrisme
est trop de rigueur.
Il
est bien loin d’un processus d’intégration des principes Anima/us.
Ca,
c’est le patron historique d’une grande partie de
l’Argentine qui ne crée pas malgré son immense potentialité.
C’est
une tendance à regarder le passé, à se conditionner à l’échec, à éviter
de se remettre en question. En fait l’Ombre est partout.
L’Argentine
est un labyrinthe, c’est le symbole de notre temps. Personne n’y échappe.
Il n’y a pas de vraie figure féminine, car la femme dans cet inconscient
collectif est le piège fatal à éviter.
La
perte d’identité dans un monde anonyme mène à une aliénation sociale, la
perte de subjectivité, se vivre et faire vivre l’autre comme un objet sont
les résultats d’une massification avec en fond la complainte larmoyante et
l’éternelle lutte de pouvoir entre le dominant, dominé, entre le bourreau
et la victime.
Cette
Argentine très perceptive, très intelligente regarde sans voir, attend le père
salvateur, le Messie. C’est le yang qui lui fait défaut.
Beaucoup à l’heure actuelle retournent à la terre des ancêtres ,
ils retournent à la terre promise d’origine. Du point de vue archétypal,
ils vont accomplir le rêve enfoui dans la plainte des immigrants du siècle
dernier.
Ceux qui restent attendent des jours meilleurs. Mais quand on arrête le
temps, quand on s’accroche au passé, au connu, on ne devient pas.
L’unique solution, c’est changer l’attitude
mentale pour qu’apparaisse un autre mythe car ce mythe du tango chanté
n’offre aucune solution. Trop passif, pas de production, ce protagoniste
impuissant n’est pas un héros, c’est un perdant.
Plaza Francia ….
Buenos Aires
Me
voilà revenue sur la place , les danseurs étaient toujours là, le bandonéon
continuait à égrener sa musique mélancolique, chaude, vibrante, tonique et
envoûtante. Aucune parole ne venait interrompre la ballade.
Elle sautillait en nous et autour de nous. Ses cent
quarante deux notes jouaient avec justesse pour obtenir une mélodie qui nous
berçait.
Par
une pression constante, douce, évitant toute
pression compulsive, il stimulait de la paume de sa main droite l’épaule de
sa partenaire. La qualité du toucher était si précise, si fine qu’elle
pouvait ressentir ses propres sensations. La stimulation devenue intention,
devenue code de compréhension disait « où » et « comment ».
Elle,
dans une écoute attentive, non soumise, dans un échange ouvert permettait
leur rencontre. Elle pouvait signifier « oui, non ». Leur état
d’alerte leur permettait de s’adapter en permanence, l’un à l’autre,
l’un par l’autre.
Chacun, dans cette interrelation, où rien n’était figé,
dans cette aptitude à la liberté, dans cette aptitude à l’improvisation
concourait à leur union du couple externe et de leur couple interne.
Il serait intéressant de
jouer sur l’opposition qui existe entre les textes du tango d’origine et
la seule chorégraphie de cette danse. Il serait facile de penser que les mots
contredisent les gestes, à mon avis, il n’en est rien, ils complètent une
évolution favorable.
Sous
l’influence d’Astor Piazzola ( 1921-1992 ), le tango s’est épuré pour
ne garder qu’une image plus dégagée, c’est l’image symbolique de ces
deux danseurs de la Plaza Francia, c’est l’image symbolique de ces deux
corps qui dansent en relation vraie, en situation authentique avec pour décor,
pour toile de fond une musique qui réveille les émotions, les souvenirs, les
sentiments, c’est comme une ampliation de la respiration de ces deux
danseurs , le symbole d’une mémoire réactivée.
Il
serait intéressant de se rendre compte que dans cette danse se joue
symboliquement une rencontre de deux corps, de deux individus, d’un homme et
d’une femme qui s’unissent avec beaucoup de finesse et
d’élégance, s’entrelacent dans une option transcendantale, quand
les textes eux, ne parlent que de
solitude, de tromperie et d’abandon.
Quand
Pandore, la première femme crée par Zeus ouvrit par curiosité la boite qui
contenait tous les maux de la terre destinés au genre humain, ils s’échappèrent
tous, au fond sauvée de justesse
l’espérance avait pu être conservée dans le récipient. Cette espérance
est la métaphore de jours meilleurs, c’est la métaphore de la souffrance
comme graine d’une réussite future.
Si
le mythe du tango n’est pas élevé à un niveau supérieur, il restera
labyrinthique. Le but, c’est d’en sortir, c’est sortir de ce drame, car
le drame est action et c’est donc la possibilité de liberté et de choix.
Danser
le tango, c’est une recherche, une tentative pour essayer de se comprendre,
pour désirer se compléter existentiellement et corporellement. Comme une
attitude face à la vie.
Symboliquement,
réussir ce couple, c’est un processus pour conduire sa vie, pour se connaître,
se reconnaître soi et l’autre comme un alter ego.
S’il
est vrai que l’image reçue, le cliché est parfait et conforme, ces
danseurs ont appris la maîtrise de cette danse, ils ont beaucoup travaillé
pour acquérir des automatismes et des réflexes conditionnés. C’est en
symbole qu’ils prennent toute leur valeur car ils sont un symbole vivant,
ils sont la preuve que le tango peut s’élever à un niveau supérieur,
comme une graine jetée dans une terre fertile.
Je
ne les nomme pas, car ils pourraient être « Je », être « Toi » ,
être « Nous ».
Anonymat des danseurs,
apatrides du temps passé, présent et avenir.
Pas
besoin d’être un « compadrito », ces garçons un peu
m’as-tu-vu qui hantaient Buenos Aires pour se fondre dans le tango.
Témoins
et messagers à la fois, ils retracent le destin de l’être humain, un
homme, une femme se rencontrent.
Chacun
devient émetteur et récepteur, chacune devient émettrice et réceptrice. A
l’émission de l’un correspond la réception de l’autre. C’est cela
qui permet la fluidité et la limpidité de l’enchaînement sinon le geste
se perdrait dans un mouvement mécanique, rigide et froid. Ce ne serait plus
du tango mais plutôt une suite de gesticulations, une danse sans vie, sans sève.
Il
existe, elle existe, ce n’est pas une lutte où chacun nierait l’identité
de l’ autre. Ils se reconnaissent.
Chacun
évalue ses armes de séduction.
Il
apparaît viril, provocateur, décideur, directif, il le sait.
Il
n’ignore pas que sans elle, il n’est plus rien.
Elle,
très élégante, séductrice, provocatrice, sensuelle, veut se faire désirer
comme on espère une récompense.
Sans lui, elle n’est plus rien, elle le sait aussi.
Il
apparaît comme une évidence que cette danse n’existe qu’à travers
l’autre. Le « Moi » et le non « Moi » reconnus.
Chacun
des deux danseurs reste vigilant à son espace, chacun des deux partenaires
garde sa place pour que le couple trouve son propre axe d’équilibre.
Personne n’est le mime de l’autre, un couple de
danseurs, deux singularités en présence au service d’une complémentarité :
le couple enfin consolidé.
C’est
un dialogue d’ouverture, car trop de rigidité entraînerait une rupture,
c’est devenir attente de soi pour devenir attente de l’autre.
Il
leur était inutile de se regarder pour se
voir, leur corps au travers de leurs sensations, comme des usines
d’informations se parlaient à
livre ouvert.
Tout
leur devenait plus cohérent.
Ce
couple se situe bien dans la transmission d’un quelque chose signifié au
travers d’un signifiant. Il s’inscrit totalement dans un « saisir
ensemble », dans un « comprendre », un « prendre avec ».
Il investit une relation à l’identique au travers de sa
complémentarité, tout en étant différent l’un de l’autre.
Le
tango est un lien entre déchirure et liberté avec une musique en sourdine
d’échos connus.
Déchirure
et liberté, désespérance et espérance, Eros et Thanatos en piste sur la même
scène. La vie lie ce qui doit être lié, la mort délie ce qui doit être délié.
C’est un ordre naturel.
Le tango dansé est symboliquement une danse de l’existence car il reflète l’âme, il enchaîne les pas de la vie. C’est une philosophie dramatique. Ce lien unit au réel, il s’enracine dans un concret, une réalité, ses racines poussent dans le terreau de l’expérience vécue, c’est la réalité de leur deux mondes en marche, avec cette potentialité d’auto conscience qui devient acte petit à petit.
C’est
faire de ce tango dansé avec ses plaintes, ses larmes un processus de sérénité
où le contrôle prend le dessus sur les débordements, où le principe
apollinien prend le dessus sur le principe dionysiaque.
Le
tango serait analogiquement parlant comme une attitude face à la vie.
Ce
symbole tango est un produit naturel du psychisme, venu de l’inconscient
pour pénétrer petit à petit nos attitudes plus conscientes.
Tout
est en mouvement, en interrelation, le corps, l’âme comme principe de vie,
et l’esprit comme auto conscience.
Le
« Moi », centre de la conscience donne identité à la personne.
Au fur et à mesure que le « Moi » va intégrer tous les complexes
, se confronter avec les archétypes notamment ceux cités antérieurement,
petit à petit il y aura ampliation de la conscience.
Englober
l’état antérieur pour avancer vers un autre
prochain, c’est une ligne évolutionniste et ainsi réussir une plus
grande plénitude.
Ce
sera revisiter notamment cette
première communication d’avec le monde de la mère. Ce sera pour le garçon
oedipien « tuer » la mère, oser l’infidélité pour pouvoir
former un vrai couple en évitant de chosifier sa compagne.
Ce
sera se libérer du complexe paternel négatif qui le faisait vivre dans la
facilité et dans la transgression et le poussait à violer les tabous, et le
rendait captif de tout ce qui a été fait dans ce passé pesant.
Tous
ces complexes sont là pour être revisités et traversés car ils ont un
sens, une finalité. Le but est leur intégration, c’est faire tomber les
toiles d’araignées en se libérant du danger des projections et des
identifications.
Pour
distinguer le « Toi », il faut le « Moi », sans cette
auto connaissance comment reconnaître le « Moi » du non « Moi ».
C’est l a base du
processus d’individuation, c’est un processus dynamique, psychique qui
nous pousse vers une évolution inexorable, celle de nous convertir en ce que
nous sommes vraiment.
Petit
à petit dans la structure dialectique du « Moi/Toi », on pourra
se permette de vivre une relation vraie car le « Toi », l’autre
sera reconnu lui aussi.
C’est une ligne d’expansion évolutionniste.
Cette
notion de relation vraie est une notion de compréhension de l’autre , il
existe comme une personne, avec son propre monde, sa propre singularité.
Comprendre
l’autre, ce n’est pas le considérer dans sa dimension ontologique d’espèce
humaine mais dans sa dimension ontique de personne.
C’est
donner un sens, ce sont deux mondes internes qui se rencontrent dans le monde
externe. C’est construire ce monde ensemble avec l’intention d’accepter
l’autre. Ce concept d’intentionnalité c’est l’union entre le sujet
connaissant et l’objet connu.
La
psychologie doit absolument incorporer la philosophie
pour avoir quelques réponses car
si on parle d’évolutionnisme, on introduit une notion téléologique.
C’est
quoi, exister ?
C’est
un concept métaphysique, c’est essayer apporter une explication à
l’essence de l’homme.
L’être
humain est « jeté » dans le monde, inscrit dans le processus du
vivant avec son monde interne. Exister, c’est devenir , ne jamais être car
il en serait fini de notre évolution. Devenir, sortir du connu, sortir d’un
état statique, c’est être en mouvement.
C’est
accepter une finalité, la finalité du vivant. Et sans cette
notion de sens nous tomberions dans l’absurde.
Les
uniques êtres vivants à être en situation sont les humains, car l’auto
conscience est nécessaire, les animaux supérieurs ne l’ont pas.
Etre
situé, c’est connaître la situation et apporter un jugement de valeur,
sinon on s’enfermerait dans une aliénation , et on serait
étranger à soi même.
Le
concept d’auto réalisation coïncide avec le concept de liberté, la liberté
de prendre en charge son projet d’existence, être responsable de la petite
part de libre arbitre que nous détenons dans une attitude yang.
Mais
cela fait peur.
Car
accepter de comprendre, c’est se
compromettre librement, c’est choisir, ce n’est pas obéir, c’est
accepter de vivre des dilemmes existentiels, c’est se risquer à
la confrontation et accepter dans
ce drame que le choix des solutions repose sur nos propres épaules.
Devenir
c’est être projet, c’est être possibilités de possibilités. C’est
une conception qui met l’accent sur la subjectivité, chacun étant
un monde individuel, singulier et certainement
pas une chose.
Nous
ne sommes pas seulement libre arbitre, nous sommes surtout et aussi destin.
C’est une volonté cosmique supra
humaine à accepter dans une attitude ying.
‘’
Le destin propose, l’être humain dispose . ‘’
Cette
union ying-yang qui tend à la synthèse des constantes luttes des contraires
vers un niveau supérieur constitue l’archétype de la Coniuntio
Oppositorum. Cet archétype ordonne, unifie de façon harmonieuse les forces
archétypales.
Faire
ces choix, c’est affronter un défi, c’est prendre des risques en
permanence, car on ne peut exister sans prendre des risques.
Exister
avec le « umwelt », qui est le lien avec la nature, le cosmos dans
une vision transpersonnelle, exister avec le « mitwelt », qui est
le lien avec le prochain et enfin
exister avec le « eigenwelt » qui est le lien avec soi même .
C’est
vivre en ayant comme compagne de route l’angoisse, elle fait partie de la
condition humaine. C’est notre fidèle amie qui ne nous quitte jamais,
l’homme est crucifié entre deux mondes, celui de la nature et celui de
l’esprit . Cette lutte peut le
conduire à faire des choix qui le
poussent à se vivre dans l’ambiguïté.
Et
ce n’est plus exister car c’est une disposition inauthentique qui ne coïncide
plus du tout avec un acte libre d’auto réalisation.
Se
vivre dans une personnalité totale, c’est changer d’attitude face à la
vie où l’indifférence n’est pas de mise.
Il se produit en l’être humain une véritable
transformation axiologique.
L’intégration
Anima/us fait que nous modifions notre échelle de valeur. C’est le véritable
chemin vers l’authenticité. On ne peut s’auto réaliser sans authenticité.
Si le tango est une danse dramatique, c’est qu’il
porte en lui les germes du devenir.
L’homme
est incomplet, inachevé et c’est dans cette perspective qu’il peut
trouver l’ouverture à sa liberté, décider par soi même pour toujours
devenir .
Plaza
Francia….Buenos Aires
La place s’était un peu vidée, la ballade au clair de lune avait pris fin.
La
foule s’ était éparpillée, la nuit était tombée .
Le
corps des danseurs comme des paroles vivantes, apaisées avait terminé de
nous raconter et de peindre une allégorie alchimique de la vie.
Le
silence à peine éveillé s’était
mis à fredonner :
« je ne parle pas pour que tu m’écoutes mais pour que tu
t’entendes ».
Sur Buenos Aires la magique, la lune éclairait les étoiles, une voix répondit
et murmura :
« nous sommes ‘’ un ‘’
élève du temps qui passe. »
...... « L’homme
est condamné à être libre. » Jean
Paul Sartre ( 1905 – 1980 )